L’échec du premier roman, une étape nécessaire

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Quand tu écris ton premier roman, tu as souvent des ambitions folles. Compte tenu de l’ampleur de la tâche, il y aura forcément une récompense à la clef : une publication, un film inspiré de ton roman, la foule en délire. Allez soyons plus réaliste ; au moins quelques lecteurs charmés par ton style, excités par ton intrigue, émus par le sort de tes personnages. Ah, même pas ?

Probablement pas. J’insiste sur le probablement car il y a toujours des exceptions. Elles sont rares, tu n’en feras probablement pas partie. Beaucoup de probabilités. Ne te lance pas dans des calculs compliqués, à aller compiler des statistiques sorties de nulle part. Retiens ce principe simple : ton premier roman ne sera pas publié. Et tu sais quoi ? Tant mieux !

Oh non, elle est tellement méchante ! Comment peut-elle nous démoraliser comme ça ? Elle doit sûrement être aigrie parce qu’elle n’a pas réussi à publier son premier roman, la pauvre… Aigrie, frustrée, rageuse, je l’ai été. Une tornade se sentiments négatifs qui ne trouvait de l’apaisement qu’en lisant les critiques négatives de romans, les commentaires d’autres rageux sur les sites de vente en ligne. Mais ça va mieux (j’ai trouvé d’autres passe-temps). J’ai digéré la nouvelle, accepté l’échec comme faisant partie du processus. Je me suis même rapprochée du niveau maître yogi avec mon second roman qui n’a pas été sélectionné à un concours.

Mon parcours est cahoteux comme celui de la plupart des auteurs. Et tout va bien. C’est même nécessaire. L’écriture est un art qui se perfectionne avec le temps, avec beaucoup de volonté, des essais et des erreurs. Mais puisqu’un simple témoignage ne t’apportera pas grand-chose, je vais t’expliquer pourquoi rater son premier roman n’est pas une si mauvaise chose.

Ton premier roman est une porte qui s’ouvre

Ça sonne un peu développement personnel, ouverture des chakras, mais je vais t’expliquer. Écrire un livre, c’est souvent une idée un peu lambda que beaucoup de gens ont. Un truc que l’on inscrit dans une Life List. Ça restera souvent un projet vague, un truc que l’on ressortira de temps en temps dans une conversation pour se rendre intéressant : « je voudrais écrire un livre, ça fait longtemps que j’y pense ». Tu peux remplacer « écrire un livre » par « faire le tour du monde » ou « se mettre à la méditation ».

Parmi tous ces aspirants auteurs, peu iront au bout. Il y aura souvent des abandons en cours de route, un projet qui s’étirera sur des décennies, la vie qui stoppera net les prétentions artistiques. Alors si tu fais partie des rares élus qui arrivent au bout, qui mettent un point final à une histoire de plus de 10 pages, tu peux te dire : je l’ai fait ! Et si tu as réussi à le faire une fois, pourquoi pas deux, trois, quatre…

C’est là que la porte s’ouvre. Alors que tu tournais autour du pot depuis peut-être des années, tu as enfin la preuve que c’est possible. Les barrières tombent. C’est ce qu’il m’est arrivé. Alors que je me disais depuis des années que je devais écrire un livre, aucune idée ne venait. L’imagination au ras des pâquerettes. Et puis, une idée a surgi. Elle était suffisamment tenace pour en faire un livre. Je me suis lancée et tout à coup, c’était comme si j’avais ouvert la boite de Pandore. Les idées se sont mises à jaillir. À peine avais-je commencé mes envois à des maisons d’édition qu’une nouvelle idée est apparue, puis une autre. Un déferlement d’histoires possibles, de personnages qui n’attendaient qu’à prendre vie.

Les verrous ont sauté, une lumière est apparue au bout du tunnel. Non tu ne vis pas une expérience de mort imminente, tu es juste passé Niveau 2 Ecriture.

Ton premier roman est une compilation d’erreurs

Oui, je suis navrée de te le dire, mais ton premier roman est probablement gavé d’erreurs, de maladresses, de constructions bancales, de lourdeurs, et ce malgré toute ta bonne volonté pour relire, corriger, réécrire ton texte. Tu ne t’en rendras pas forcément compte au départ, ce qui justifiera que tu l’envoies à des maisons d’édition pour ne récolter que des refus. Pourtant, en le laissant reposer quelques mois, tous ses défauts finiront par te sauter aux yeux. C’est pénible à constater. Mais je vais te rassurer tout de suite, tu as de la chance. Tu as une base pour t’améliorer.

Ce premier roman va te servir de modèle sur ce qu’il ne faut pas faire. Il va t’apprendre à te connaître, à repérer tes faiblesses et les travailler pour faire mieux la prochaine fois.

Parce qu’exceptionnellement, je te parle de ma vie mon œuvre, voici ce que j’ai appris :

  • J’abuse des « mais ». Il y en a partout, une invasion !
  • Je décris plus que je montre les émotions (on est encore loin du show don’t tell, un concept dont j’ignorais totalement l’existence au moment du méfait).
  • Je fais parfois des phrases pour faire joli mais qui n’apportent rien.
  • Je veux la jouer tellement subtil, j’ai tellement peur des clichés, qu’on s’emmerde vite.

Bref, tu t’en fous probablement, ce sont mes défauts, tu en as d’autres. Tout ça pour te dire que c’est grâce à ces observations que j’ai pu écrire un second roman qui est, en toute subjectivité, plus réussi que le précédent. Il a encore son lot d’erreurs, mais hé, Paris ne s’est pas fait en un jour.

Ton premier roman te permet de mieux comprendre les conseils en écriture

Lire des conseils en écriture est un passe-temps ultra-chronophage et souvent utilisé au mauvais moment. Typiquement quand tu es en plein processus d’écriture. Si en plus tu écris pour la première fois, la plupart de ces conseils seront difficiles à appréhender avec ton regard de profane.

Après avoir terminé mon premier roman et essuyé les échecs réglementaires, j’ai acquis quelques bouquins sur l’écriture. J’ai eu beaucoup de plaisir à les lire, j’ai appris deux trois trucs, et je me suis dit à un moment : si seulement j’avais lu ces livres avant. Mode regrets activé.

Passées les chouineries de rigueur, j’ai recouvré un semblant de sens critique et j’ai réalisé que je n’aurais jamais pu réellement apprécier ces bouquins avant d’écrire un roman. Ils n’auraient été qu’un assemblage de concepts flous que j’aurais lu sans trop y prêter attention et je n’en aurais rien tiré. Les techniques, quelles qu’elles soient, prennent tout leur sens lorsque l’on a l’expérience pour les comprendre.

Prends le principe du show don’t tell. Tu peux lire toutes les explications du monde sur son intérêt, la façon de le mettre en place dans ton roman ; tu n’en saisiras la substance qu’une fois confronté à ton texte. C’est là que tu consteras que cette sublime description des tourments de ton personnage, dont tu étais si fier, est en réalité chiante à mourir.

Écrire un premier roman te fait rentrer dans le cercle des jeunes auteurs, et te permet de mieux intégrer tous les conseils disponibles. Et puis tu verras, à force d’écrire et te planter, tu pourras alors, à ton tour, donner ces précieux conseils, et même en faire un blog.

Alors ravale tes larmes, frotte-toi à l’échec, embrasse-le, apprend encore et encore, sois aigri, frustré, deviens sage, démotive-toi puis remonte en selle. L’aventure est longue mais encore pleine de promesses. Et si un jour le cœur t’en dit, reprends ce premier roman, refais-lui une beauté, applique­-lui tout ce que tu as appris sur ton chemin d’auteur et donne-lui enfin la chance qu’il n’a pas eue. Aujourd’hui, son heure n’est tout simplement pas encore venue.

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L’Auteur

J'ai engendré des atrocités littéraires ou des chefs d'œuvre. Je ne sais pas encore. En attendant d'être un jour, peut-être, hypothétiquement riche et célèbre, j'écris des articles sur l'écriture. Parce que c'est ce que je sais faire. Ecrire.

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