Pseudo or not pseudo ?

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Si tu ambitionnes d’être un jour publié, de voir ton chef-d’œuvre dans les rayons des librairies ou disponible en ligne, tu vas forcément te demander quel nom afficher sur la couverture. Le tien ?Parce qu’il est beau, parce qu’il a une histoire, parce que tu es fier de ton travail. Ou un autre ? Parce que tu veux être tranquille, que ton nom est tout pourri ou que tu es haut fonctionnaire et que tu publies de la romance SM.

Entre ton patronyme et un pseudonyme, peut-être que ton cœur balance. Je te propose de t’aider à y voir plus clair. Ou semer le doute dans ton esprit…



J’me voyais déjà en haut de l’affiche…

Écrire sous son nom, c’est apposer avec fierté son identité sur un travail de longue haleine, c’est crier au monde : c’est moi qui l’ai fait ! Oui c’est de l’orgueil, mais tout travail ne mérite-t-il pas un peu de reconnaissance ? Tu as passé du temps sur ce livre, tu y as sans doute perdu un peu de santé mentale et des litres de sueur en l’envoyant à des maisons d’édition ou en le publiant en ligne pour la première fois. Tu as bien le droit de caresser ton nom sur la couverture semi-épaisse, grammage 100 avec un air satisfait, comme tu le ferais avec un chat au coin du feu. Sur un fauteuil à bascule. Sous un plaid. J’aime cette image.

Et puis, imagine, ton roman rencontre un succès dingue. Ne serait-ce pas une belle revanche sur la vie (cette chienne) ? Sur ce prof qui a remis en question tes compétences littéraires, sur cette ex qui a osé te larguer, sur cette N+1 qui a sali ta confiance en critiquant ton travail, sur ton père absent, sur ce pote perdu de vue qui affiche sa vie géniale sur les réseaux sociaux, sur la boulangère qui te file toujours les baguettes les plus cramées, sur ton frère qui pense que tu ne sais rien faire tout seul ? Ton nom qui brille, c’est l’égo ressuscité d’entre les limbes de ta vie de complexé. Alléluia !

Oui, mais ton nom sur la couverture, il va aussi falloir l’assumer. Ton identité va coller à ton œuvre, devenir indissociable de ce que tu écris. Es-tu prêt ?

Ton nom devient public

Il est écrit, parlé, utilisé par des personnes que tu ne connais pas et qui ne te connaissent pas. Ton existence s’étend en dehors du cadre de tes connaissances et tu n’as aucune emprise dessus. On parle de toi, on te prête une personnalité qui n’est sans doute pas la tienne, on fantasme sur toi (soyons fous). Ton nom peut être encensé comme jeté en pâture, tu ne peux rien y faire.

Étrange comme sensation non ? Enfin je crois.

Tu renonces à l’anonymat

On peut savoir où tu habites. Si comme moi tu lis trop de faits divers et que ton imagination se confond parfois avec la paranoïa, tu imagines déjà un fan obsessionnel te guetter dans ta rue au volant de sa voiture, te laisser des petits cadeaux en mode poupées vaudou dans ta boîte aux lettres, attendre que tu rentres chez toi, les clefs sur la porte, pour surgir et… Allez stop, t’es pas non plus une star de cinéma, t’es un auteur.

Tu dois aussi t’attendre à ce genre de discours : ah mais c’est vous qui avez écrit ce livre, là, ils en ont parlé à la radio, alors ça fait quoi, je voudrais bien une signature pour ma cousine, je crois qu’elle aime bien les histoires d’amour, ah c’était de la fantasy, c’est pareil non, aller un petit selfie  ? Le selfie… Je frémis rien qu’imaginer cette main inconnue sur mon épaule, cette joue trop proche de la mienne et cet appareil braqué sur ma tronche comme un flingue sur une tempe. Un selfie ou je te pourris.

On sait que tu as échoué

Ces gens sur qui tu comptais exercer tes pulsions revanchardes sauront peut-être en tapant ton nom sur google que tu as tenté d’écrire un roman mais que personne ne l’a acheté, que l’histoire est toute pourrie, qu’il est mal écrit. Aïe aïe aïe l’égo plonge plus bas que son niveau déjà abyssal. Et si tu travailles en entreprise, tout le monde sera au courant. Et si tu cherches du travail, ton futur employeur pourra facilement retrouver tes œuvres et se faire une opinion avant même de t’avoir rencontré. Et si…

Ah quel tableau noir et déprimant. Mais non, respire un coup et ne va pas contacter tout de suite le tribunal de grande instance pour changer de nom. Je me place juste dans le pire des cas. Tu sais bien que ni toi ni moi ne serons suffisamment célèbres pour avoir une horde de fans aux grilles de notre manoir de millionnaire.

Si tu as une imagination galopante comme la mienne et que les situations précédentes t’ont fait peur, alors sans doute peux-tu envisager d’écrire sous pseudonyme.

J’te voyais déjà en haut de l’affiche… mon beau pseudo

Il y a tout un tas de raisons à utiliser un pseudonyme.

Ton nom risque d’être pénalisant pour vendre des livres

Tu as peut-être un nom à coucher dehors, un nom imprononçable, un nom ridicule ou le même nom que des centaines de milliers de Français.

Eh oui, pas facile de se différencier si l’on s’appelle Marie Martin. Mais je te rassure, ce n’est pas mieux si tes lecteurs n’arrivent pas à te retrouver en te cherchant sur google parce que tu t’appelles Ragnacaire Czygvenhoszewicz et qu’ils ont une chance sur 1000 d’épeler correctement ton nom. De toute façon, ils ne peuvent même pas le retenir parce qu’ils n’arrivent pas à le lire.

Ton nom n’est pas vendeur.

Eh oui, certains genres littéraires ont leur code, y compris pour les patronymes. Ne t’offusque pas. Tu penses que des lectrices vont vouloir acheter cette romance lycéenne écrite par Jean-Claude Dugaumond ? Il y connaît quoi Jean-Claude des affres du cœur des jeunes filles ? Alors que si c’est Mia Wilson, ça passe mieux. Mia elle comprend. Mia elle est jeune, elle est belle, elle est sympa ; Mia c’est l’amie qu’on aimerait avoir (même si c’est Jean-Claude qui se cache derrière ce nom mais chut). Question de marketing.

Ton nom est déjà connu pour autre chose.

Si tu es une star des anges de la téléréalité et que tu veux percer dans le roman contemporain, ça peut valoir le coup d’écrire sous pseudo. On pourrait me rétorquer qu’un nom connu fera toujours plus vendre qu’un pseudo. Oui, mais il peut aussi créer un a priori impossible à dépasser. Imagine que Glossy Jenna, star des Bourguignons à Las Vegas ait écrit un sublime roman contemporain (toute seule). Un potentiel prix Goncourt. Alors oui, Miss Glossy va vendre son œuvre à tous ses fans mais jamais l’Académie ne daignera lui accorder de la valeur. Dommage pour la reconversion.

De même, si tu écris dans un genre particulier et que tu souhaites t’essayer à un style diamétralement opposé, il peut être intéressant de tenter l’expérience sous un autre nom pour ne pas perdre les lecteurs. T’as pas envie que tes fans de 10 ans achètent ta romance BDSM parce qu’ils ont reconnu ton nom sur la couverture.

Beaucoup d’auteurs ont fait appel à des pseudonymes pour les raisons précédentes :

  • Un nom compliqué : Marguerite Cleenewerck de Crayencour a choisi de s’appeler Marguerite Yourcenar
  • Un nom banal : Michel Thomas a choisi de s’appeler Michel Houellebecq
  • Un nom pas assez marketing : Maxime Drouot a choisi de s’appeler Maxime Chattam
  • Un nom trop rattaché à un genre : JK Rowling a choisi de s’appeler Robert Galbraith pour des romans policiers.

Allez, parce que je trouvais l’exemple sympa : Joey Starr s’appelle en réalité Didier Morville. Pas super vendeur pour faire carrière dans le rap et choquer les mères de famille de l’époque, n’est-ce pas ? En voilà un pseudo bien trouvé !

Tu veux être tranquille

Comme je l’ai dit plus haut, tu peux aspirer à l’anonymat en conservant ton nom pour ta vie personnelle et utiliser ton pseudonyme pour ta vie d’auteur. Finis les psychopathes aux portes de ta maison !

Avec un pseudonyme, nul besoin de changer ton nom sur ta boîte aux lettres pour ne pas être importuné, de frémir en tendant ta carte d’identité, ton passeport, ta carte fidélité, de peur d’être reconnu. Tu peux même te faire livrer des accessoires coquins sans te morfondre parce que quelqu’un pourrait connaître tes penchants pour les sous-vêtements comestibles.

Tu veux te créer une nouvelle identité

Avec un pseudonyme, tu peux aller jusqu’à te façonner une personnalité d’auteur, sans craindre de voir celle-ci empiéter sur ta vie privée. Parce qu’à partir du moment où tu proposes ton œuvre à un public, que tu le veuilles ou non, tu acceptes de céder une partie de toi. Les lecteurs sont curieux, ils attendent de toi que tu te livres, que tu partages des morceaux de ta vie. Prenez et mangez-en tous, ceci est mon histoire, croustillante à souhait.

Tu n’as pas le choix

Tu aimerais mettre ton nom sur cette histoire dont tu es fier mais tu ne peux pas, parce que ton métier t’en empêche, parce que tu es lanceur d’alerte et crains des représailles, parce que tu ne veux pas causer du tort à ceux qui portent le même patronyme. Ces choses-là arrivent, et c’est bien dommage.

Parce que oui, écrire sous ton vrai nom, c’est quand même un pari osé. Oui écrire sous ton vrai nom c’est te mettre à nu, c’est te lancer dans l’arène, c’est accepter les critiques et accepter que ceux qui te connaissent les lisent, te jugent. Mais écrire sous ton vrai nom, c’est aussi espérer le voir affiché en vitrine, en tête de gondole, dans les pages des magazines. Écrire sous ton vrai nom, c’est recevoir les encouragements de ceux qui ignoraient que tu écrivais. Écrire sous ton vrai nom, c’est recevoir l’attention que tu mérites, parce que tu as bossé dur pour en arriver là.

Voilà, je laisse ça là. Fais-toi ta propre opinion à présent parce que moi, au final, je n’ai toujours pas tranché.

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L’Auteur

J'ai engendré des atrocités littéraires ou des chefs d'œuvre. Je ne sais pas encore. En attendant d'être un jour, peut-être, hypothétiquement riche et célèbre, j'écris des articles sur l'écriture. Parce que c'est ce que je sais faire. Ecrire.

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