Sois original, écris sur le covid

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Ou sur le confinement tiens, personne ne l’a fait avant toi. Et puis, n’oublie pas que c’est moi qui t’ai soufflé l’idée, au cas où ton roman deviendrait un best-seller et les critiques salueraient ton audace. Qu’est-ce qu’on rigole ! Surtout quand on consulte les meilleures ventes sur les sites en ligne et qu’on tombe sur eux, glissés l’air de rien entre les livres de recettes, les classiques au programme de première et les habituels auteurs à succès. Ces maudits livres sur le covid.

C’est chouette, parce que tout le monde peut avoir son mot à dire. Bah oui, tout le monde subit. Et comme on est tous différents et que l’on souffre tous plus les uns que les autres, cela offre un fantastique éventail de livres sur le sujet.


Daniel, un être finement con, raconte son confinement.

Une source inépuisable d’inspiration pour l’actualité

Ces derniers mois, l’humeur était plutôt aux essais de médecins, d’économistes, de politiques. Attention, c’est du sérieux, du professionnel ; des études et des constats accablants pour s’ambiancer dans son lit à la fin d’une longue journée de télétravail. Les titres tournent autour de la guerre, la mort, la fin de la civilisation. Grosse ambiance je te dis. Si t’es un professionnel et que tu as envie de t’en mettre plein les poches facilement, fonce mon grand.

Et tu sais quoi, tu peux même aller jusqu’à régaler les tontons conspirationnistes avec un bon torchon pamphlet des familles. Mais si, tu vois de quoi je parle. Ces livres ressemblent aux précédents, en plus racoleurs. C’est possible ? Bien sûr, il suffit de prendre une situation réelle, d’y ajouter deux-trois conneries qui feront frissonner les cinquantenaires qui découvrent twitter, de mettre un titre super mystérieux qui fait très très peur comme une quatrième de couverture d’un Chair de Poule et voilà. Toi aussi écris ton livre conspirationniste, plus c’est lourd, plus ça marche. En plus, t’as l’impression d’être un héros avec une grosse fan base bien shootée aux huiles essentielles.

C’est qu’en plus, ils dégainent plus vite que leur ombre les bougres. Pas le temps de lire le scandale du jour qu’un livre émerge déjà sur le sujet. Et là, je peux te dire que les délais interminables de publication, on oublie. Les maisons d’édition impriment à tour de bras, les rotatives sont à plein régime. Allez, dans un mois, tout le bazar sera chez momox à 2 euros. Jusqu’à la prochaine fournée.

La prochaine vague sera littéraire

Du côté des romans, c’est calme. Pour le moment. Je suis quand même tombée sur J’apprends à lire avec Sami et Julie, « Halte au virus ! » avec ce gentil petit synopsis : Sami et Julie vont rendre visite à Papi et Mamie. Les gestes barrières sont de rigueur : lavage de mains, masques, pas de bisous, pas de câlins… mais le plaisir de se retrouver est au rendez-vous ! Cinq étoiles. C’est mieux que Camus et sa Peste avec ses quatre étoiles et demie. Petit joueur.

Patience, la suite va bientôt arriver.

Mars 2020, premier confinement. Alors que l’épidémie s’étend, une autre fièvre atteint les Français. Celle de l’écriture. Une flambée de journaux de bord émerge dans les médias où des écrivains partagent leurs peines avec le reste de la populace, sur fond de mélancolie, de matinées brumeuses et de jardins en fleur. Ce n’était pas la pilule qu’on attendait. Au bûcher les lamentations épistolaires ! La fièvre retombe. Vraiment ?

Notre liberté retrouvée, une étude fait le tour des médias. 1 Français sur 10 déclare avoir démarré un projet rédactionnel (roman, essai, carnet, etc.) au cours des dernières semaines. Mazette ! Et les maisons d’édition dans tout ça ? Submergées par les manuscrits.

Je te laisse faire des déductions approximatives. Entre les primo-romanciers habituels qui ont envoyé leurs drames / romans d’anticipation / romances victoriennes / autobiographies aux maisons d’édition, il y a eu, très probablement, du journal de confinement et du roman épidémique. Soyons clairs, chacun est libre d’écrire ce qu’il veut, et je salue l’initiative d’écrire un journal dans une période difficile. Mais pourquoi vouloir le publier ? Quant aux romans sur le sujet ? On est en plein dans la mouise bon sang, pourquoi lire une fiction qui va décrire notre quotidien ?

On est quand même dans la mise en abyme du malheur, sauce covid ; un virus pas vraiment original ou impressionnant, qui ne va pas nous transformer en zombies, et dont les ressorts scénaristiques se cantonnent à des actions de confinement/déconfinement/couvre-feu sur une période plus ou moins longue. On a connu plus palpitant. Parce que ne l’oublions pas, quand on achète un roman, on veut de l’émotion, du tourment dans la poitrine, un cœur malmené. Avec le covid, on a connu mieux comme matériau à fiction. Si notre cœur palpite dans la situation actuelle, c’est surtout parce qu’on manque d’exercice.

Alors voilà, si tu as écrit sur le covid, grand bien te fasse, mais je voudrais te dissuader d’envoyer ta prose. Je sais que tu te vois comme un témoin privilégié de notre époque, que ton confinement à toi, il était vachement plus intéressant que le mien, que c’était un véritable moment d’introspection, de retrouvailles avec ta famille, de souffrance, tout ce que tu veux. Mais tu sais quoi ? Pour le moment, on s’en fout.

Si tu as écrit un roman, j’aimerais te dire que la meilleure histoire est souvent celle que l’on ne vit pas. J’ajouterai qu’il existe déjà d’excellents livres qui ont été écrits sur le thème de l’épidémie et qu’ils ont tous une chose en commun : ils n’ont pas été écrits en temps de pandémie. À bon entendeur…

Donc ton manuscrit, tu le ranges, tu attends bien dix ans et on en reparle à ce moment-là. Non parce que j’aimerais bien que les maisons d’édition ne croulent plus sous les manuscrits pour pouvoir envoyer les miens. Déjà que Gallimard a fermé ses soumissions à cause des manuscrits covid, faudrait pas que ça devienne une épidémie et que les autres maisons suivent.

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L’Auteur

J'ai engendré des atrocités littéraires ou des chefs d'œuvre. Je ne sais pas encore. En attendant d'être un jour, peut-être, hypothétiquement riche et célèbre, j'écris des articles sur l'écriture. Parce que c'est ce que je sais faire. Ecrire.

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