Garde tes sous – Les maisons d’édition à compte d’auteur

G

« Il est cinq heures du matin dans ce petit appartement de la banlieue lyonnaise. Bertrade, à peine levée, s’installe à son bureau pour s’adonner à une activité bien particulière : l’écriture d’un roman. Pour réaliser son rêve, Bertrade s’est offert des séances de coaching ; une petite folie qu’elle a pu réaliser grâce à un crédit à la consommation à 20 %. (Coupure pub) Nous retrouvons Bertrade deux mois plus tard. Alors qu’elle voyait sa santé se détériorer à ne manger que des boites de thon au mercure premier prix, elle a reçu un coup de fil inespéré. Une maison d’édition a accepté son manuscrit et lui propose des services très alléchants sur le papier. Bertrade ne se méfie pas. La jeune femme prend une décision lourde de conséquences en décidant de vendre un rein pour acheter ses propres livres. C’est là que le piège se referme…»

Horreur, malheur. Pauvre Bertrade. Pauvres auteurs qui se sont ruinés pour écrire ou être publiés.

Payer pour devenir auteur, un non-sens

Pour moi, écrire, c’est un acte gratuit. Pas au sens d’un acte généreux où l’on distribuerait nos textes au tout-venant en mode : tenez mes bons, de la nourriture pour votre âme. Non, juste un acte qui ne devrait pas nécessiter d’investir tout ton héritage. Quand je vois les vautours qui rôdent, flairant le flouze et l’égo instable de l’auteur débutant pour mieux le dépouiller, ça me donne envie d’enfourcher mon destrier, sonner les cloches de la ville pour crier à la populace : Ennemi en vue !

Alors je dénonce. Ceux qui voudraient te faire croire qu’écrire et publier ton livre impliquent nécessairement de payer, payer et encore payer. Non, tu peux être radin et publier ton livre. Tu peux même le faire chez un grand éditeur si le talent est là. Alors installe­-toi, lis bien ce qui va suivre, car ces conseils sont… gratuits.

Le spectre des maisons d’édition à compte d’auteur

Tu n’as pas pu passer à côté, elles sont dans les premiers résultats de recherche Google. Leur URL est souvent précédée de la mention Annonce car vu le fric qu’elles gagnent à arnaquer les auteurs, elles peuvent bien le réinvestir pour apparaître dans les premiers résultats de recherche. Astucieux.

Je vois souvent sur des forums des auteurs qui demandent un avis sur une maison d’édition. Je ne fais pas durer le suspense, dans 99 % des cas, ce sont des maisons d’édition à compte d’auteur. En général ils lui ont envoyé un manuscrit, la maison leur a dit oui. Passée l’excitation de cette réponse inespérée, l’auteur doute. Ne serait-ce pas trop simple ? N’était-il pas censé recevoir que des réponses négatives humiliantes comme les autres ? Les signaux étaient pourtant clairs. C’est ce que je me dis à chaque fois que je vois passer ce genre de message. Comment peut-on envoyer son roman, le fruit de ses entrailles, son enfant format PDF, au premier venu ?

J’ai donc décidé d’aller regarder de plus près les sites de ces maisons pour comprendre comment tant d’auteurs arrivent à se faire flouer. Et là surprise. Ces maisons sont très fortes pour ne pas afficher la couleur, celle de la pompe à fric. Elles ont appris, elles se cachent, elles ne mentionnent plus le terme offensant « compte d’auteur ». Alors comment les repérer ?

Reconnaître une maison d’édition à compte d’auteur

Elles sont bien placées dans les résultats de recherche

Eh oui, quand on n’a aucune visibilité en librairie, il faut bien ruser pour se faire connaître ailleurs. L’auteur qui cherche une maison d’édition peut vite se faire avoir. En lisant le nom de la maison, sa première réflexion sera : Hum ça ne me dit rien, mais vu qu’elle est apparue en premier résultat de mes recherches, elle doit être importante. Erreur ! La maison a soit payé pour apparaître dans les premiers résultats (la mention Annonce doit te mettre la puce à l’oreille), soit elle est douée en SEO et a optimisé son site et ses mots-clés pour apparaître en premier.

Elles veulent ton manuscrit et te le font bien comprendre

Chercher la page « manuscrit » sur un site de maison d’édition classique relève souvent du parcours du combattant. Il faut en général aller tout en bas, là où se trouvent les informations que personne ne lit (comme les mentions légales ou les conditions générales de vente), emprunter les lunettes de lecture de mamie ou faire Ctrl + pour zoomer quand on est Bac+5 informatique, trouver le lien « Nous contacter » et prier pour que ce soit là. Sérieusement, j’ai déjà perdu un quart d’heure pour trouver cette foutue adresse.

En résumé, la maison d’édition classique ne veut pas de ton manuscrit, elle en a déjà trop à trier, et n’en peut plus de lire des autobiographies quand elle ne publie que de la SF.

La maison à compte d’auteur, elle te mâche le travail. Si la page d’accueil ne t’invite pas cordialement à envoyer ton manuscrit avec des phrases super gentilles où la maison te clame déjà son amour, tu trouveras un onglet subtilement placé en tête de page avec une couleur criarde, ou un logo de manuscrit pour que ce soit encore plus clair. Elle pourra aussi balancer une fenêtre pop-up au cas où tu aurais oublié pourquoi tu es là.

Elles n’ont pas de ligne éditoriale claire et publient beaucoup

Ah cette fameuse éditoriale, si floue, si traître… Dans la maison d’édition à compte d’auteur, tout le monde est le bienvenu, on ne va pas faire les difficiles. En général, la maison va employer ces termes : « nous aimons la diversité », « tous les genres sont permis », « nous aimons découvrir de nouveaux talents », etc.

Quant aux titres publiés, ils se comptent en centaines, parfois en milliers. Si ces chiffres sont normaux pour de très grosses maisons d’édition, ils sont surprenants pour les autres.

Petite explication. Une grosse maison d’édition classique peut compter sur quelques best-sellers parmi son catalogue pour renflouer les caisses, embaucher du personnel, publier de nombreux auteurs, faire des paris d’édition, faire de gros plans de com. Une maison d’édition plus jeune ou plus petite n’a pas ces moyens. Elle va donc naturellement réduire les sorties, se concentrer sur une poignée d’auteur, et tenter de rentrer dans ses frais.

Du coup, quand tu vois une maison qui n’a que quelques années d’existence, publier des milliers de livres, dont aucun best-seller, en étant invisible en librairie, tu te demandes légitimement : d’où vient l’argent ? De la poche des auteurs pardi !

Elles te détaillent en long en large et en travers le processus d’édition

Étrange quand même ? Pourquoi une maison te décrit-elle étape par étape que ton livre va être relu et corrigé, que l’on va te faire une super couverture, qu’il va être imprimé, puis distribué, puis promu ? C’est juste la base en fait. Pourquoi donc insister là-dessus ? Quand tu vas acheter ton pain chez le boulanger, tu t’en fous de savoir comment il a négocié le prix de sa farine, qui est son fournisseur et quelle est la marque de son four. Tu veux juste que ta baguette soit bonne. Point.

Tous les éditeurs mentionnent leurs diffuseurs, mais si tu n’as pas besoin de chercher pour trouver cette info, et qu’en plus tu as le droit à un cours d’édition, méfiance.

Elles insistent pour te dire que c’est gratuit

Pourquoi insister ? Mettre ça en gras, avec des points d’exclamation partout. On a l’impression de se faire engueuler. Quoi, tu doutes de moi ? Mais regarde c’est gratuit. Allez, ne fais pas ton timide, viens, viens, on sera bien, promis juré. Bon cherche pas trop non plus le petit astérisque, on l’a bien planqué, hin hin…

N’oublie jamais ces mots prononcés trop vite dans les pubs : « Offre soumise à condition », « Gratuit le premier mois sous réserve d’engagement… », blablabla. On connaît la chanson, les maisons à compte d’auteur ont la même partition.

Elles font l’objet de critiques

Pas sur leurs sites bien sûr. Là tout est beau, tout est parfait, les auteurs ont enfin pu réaliser leur rêve, ils ont été choyés, payés grassement, leur couverture est trop belle (heu…). Le principe même de mettre des avis d’auteurs sur un site de maison d’édition est étrange non ? On peut se demander s’ils n’ont pas été payés (cette fois) ou harcelés pour le faire.

Allez, mets-moi 5 étoiles et on te réserve une séance de dédicace lundi à 13h au carrouf de Troupaumé. Comment refuser ?

Non mais sérieusement, qui va écrire un avis négatif sur le site de sa propre maison d’édition, à laquelle il a cédé tous ses droits d’auteur ?

Bref, si tu as un doute, va sur des forums d’écriture. D’autres avant toi auront posé la question et tu auras de vrais retours d’expérience. Si ce n’est pas le cas, ce sera l’occasion de faire part de tes doutes et recueillir des avis plus objectifs.

Avec ces éléments en main, tu devrais être en mesure de facilement repérer les maisons d’édition à compte d’auteur.

Faut-il vraiment éviter les maisons d’édition à compte d’auteur ?

Quoi ? Quel est ce plot twist venu de nulle part ? Oui, tout le monde crache sur les maisons d’édition à compte d’auteur, moi la première. J’aimerais quand même nuancer mon propos. Je suis contre la malhonnêteté, les vendeurs de rêve, ceux qui abusent du manque de confiance des jeunes auteurs pour leur soutirer leur argent. Je pense en revanche, qu’en connaissance de cause, si tu as les moyens, si tu es flemmard, si tu sais que ton roman ne sera jamais publié par une maison d’édition classique, alors pourquoi pas ?

C’est un échange de bons procédés entre un auteur peu regardant sur ses sous qui veut son livre, et une entreprise qui fournit un package de prestations.

Ça me fait mal au cœur d’écrire ça, parce que je reste persuadée qu’avec un peu de volonté, on peut faire une grande partie du travail sans aide, notamment la partie édition numérique. Parce que payer pour convertir un texte en format epub ou kindle, c’est vraiment prendre les gens pour des c…

Ajouter un commentaire

L’Auteur

J'ai engendré des atrocités littéraires ou des chefs d'œuvre. Je ne sais pas encore. En attendant d'être un jour, peut-être, hypothétiquement riche et célèbre, j'écris des articles sur l'écriture. Parce que c'est ce que je sais faire. Ecrire.

Catégories

Archives

Suis-moi