Les femmes, ces stéréotypes ambulants

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Avertissement : Dans l’analyse qui va suivre, je vais parler de qualités féminines vs qualités masculines. Je ne suis pas là pour discuter de questions de genre. J’emploie ces termes car ils parleront au plus grand nombre. Je ne cherche pas non plus à définir ce qu’est un homme ou une femme, j’évoque simplement des caractéristiques se rattachant à l’un ou l’autre genre, sans jugement de valeur, au regard de ce qui est communément admis.

 « Elle dénoua ses cheveux qui retombèrent en cascade sur ses épaules dénudées. Des reflets dorés entouraient son visage, illuminant sa peau délicate. Une mèche vint lui chatouiller l’œil. Elle la balaya avec un sourire timide. Sa bouche était finement ourlée, ses dents d’un blanc éclatant. Quand elle plongea son regard magnétique dans le sien, il fut stupéfait par l’incroyable couleur de ses yeux. D’un violet sombre, envoûtant. Elle était émue par cette rencontre. Il trouva de l’or et même quelques étoiles en essuyant ses larmes (merci Kyo). Rassurée, elle dénoua sa tunique et dévoila une poitrine ferme et voluptueuse. Une fine chaine dorée soulignait la finesse de sa taille. Elle fit quelques pas, laissant onduler ses hanches rebondies. Ses jambes interminables… » Bla bla bla, pitié achève-moi.

Tu as reconnu cette description ? Elle est partout. Ces mots sont les miens, douloureusement écrits pour cet article, mais tu aurais pu les lire dans bon nombre d’ouvrages où un protagoniste féminin fait tourner les têtes de ces messieurs. Parce qu’elle n’est là que pour ça la bougresse. Oh bien sûr, elle va peut-être se battre pour justifier son armure qui ne couvre que 5% de son corps, soit les pieds et les épaules, ou mieux, faire l’objet d’une prophétie. C’est bien une prophétie, ça rend la dame importante, on ne pourra pas dire qu’elle ne sert que de faire-valoir.

Ben voyons… Dans la majorité des cas, un personnage féminin tel que décrit ci-dessus n’est là que pour assouvir les fantasmes des puceaux lecteurs, voire de l’auteur lui-même ou pallier je ne sais quel complexe de celles qui se rêvent elfes au regard ensorcelant. Non, c’est pas ça ? Ne me dis pas que tu as cru être original avec ce genre de description.


Michel pense avoir créé la femme parfaite, Michel est juste super lourd.

Chers stéréotypes, vous avez la dent dure

Nous sommes en France en 2021, je ne t’apprends rien. L’image de la femme longtemps véhiculée par une société patriarcale est périmée, je ne t’apprends rien. Les qualités considérées comme féminines ne sont pas honteuses, n’ont pas moins de valeur que les qualités dites masculines, je ne t’apprends rien. Alors pourquoi continues-tu à inventer des personnages féminins aussi stéréotypés ?

Qui que tu sois, auteur ou auteure, tu tombes à un moment dans le panneau. Moi aussi je te rassure. Si tu as grandi comme moi dans une société où pendant longtemps les femmes ont majoritairement été représentées comme des faire-valoir, des cruches, des beautés fatales, des garces, des gentilles mamans, des mamies gâteaux, tu comprendras qu’il est difficile de se détacher de ces modèles. On y revient forcément, on ne peut pas s’en empêcher, ils sont instinctifs.

Pourtant, à bien y réfléchir, je connais peu de personnes réelles autour de moi qui répondent à l’un de ces stéréotypes. Et toi ?

Parfois on tente autre chose, on donne à la femme des qualités masculines, plus honorables. La femme fragile devient guerrière, elle est courageuse, elle ne se préoccupe pas de questions triviales comme les autres femmes. Elle est belle quand même, faut pas déconner. Et on retombe dans un nouveau stéréotype. Pire, en voulant créer une femme forte, on dévalorise sans le vouloir les qualités considérées comme féminines. À croire que seuls les attributs masculins peuvent faire un personnage digne d’intérêt.

Et encore, tout cela n’est valable que lorsque les personnages féminins existent. Bien souvent, ils sont minoritaires, voire absents, ou relégués à des rôles de figuration.

Où sont donc les personnages féminins denses, complexes, profonds ?

Mais enfin, au même endroit que les personnages masculins, dans ta tête. J’avoue qu’ils sont plus compliqués à déloger ; la faute à la société, à ses modèles, je ne vais pas me répéter. C’est pour cela qu’il faut casser les codes, déconstruire les genres comme on l’entend souvent, ne pas créer un système de valeur qui placerait des qualités à un niveau supérieur. Par exemple, d’instinct, on va penser qu’être courageux (qualité considérée comme masculine) est plus valorisant qu’être bienveillant (qualité considérée comme féminine).

Pourtant, on peut voir les choses différemment. Imaginons un héros/héroïne qui doit se battre contre un antagoniste quel qu’il soit. Qu’est-ce qui sera plus intéressant :

  • Un héros/héroïne qui s’entraine dur, relève de nombreux défis, avant de s’élancer dans un combat désespéré contre un antagoniste surpuissant pour finalement le vaincre grâce à son courage.
  • Un héros/héroïne qui refuse de blesser l’antagoniste et décide à la place de mener une enquête pour comprendre les origines du mal qui le ronge et finalement le guérir de ses maux.

Les deux idées, banales j’en conviens, font appel à deux qualités différentes. Elles n’en demeurent pas moins toutes deux valables et promettent de belles histoires avec ses rebondissements, ses personnages attachants, ses surprises, ses émotions.

Alors comment crée-t-on des personnages féminins intéressants ?

En s’inspirant de la réalité, de personnages de fictions qui ont réussi à s’extraire des stéréotypes habituels, en observant la société, ses codes qui changent. Pour tenter de répondre à cette épineuse question, je vais distinguer le physique de la personnalité.

Un personnage féminin sans gros seins, c’est moins bien !

Mais non Jean-Claude. Ton personnage féminin, comme tout autre personnage, doit apporter son grain de sel à l’intrigue, pas titiller l’entre-jambe de ton lecteur.

Bon, on fera une exception pour les romans érotico-porno-truc. Je vais peut-être m’attirer les foudres de certaines en disant cela, mais il est quand même plus agréable de suivre les péripéties sexuelles de personnes attirantes. Mais bon, je ne vais pas entrer dans de longues digressions sur le sujet, tous les goûts sont dans la nature.

Bref, ce qu’il faut retenir, c’est qu’un personnage féminin ne doit pas être forcément beau pour attirer l’attention. Et si tu tiens à tout prix à ce qu’il le soit, alors par pitié, évite ces ficelles grotesques, vues et revues comme les cascades de cheveux, les regards magnétiques/envoûtants et autres jambes interminables. Un peu d’imagination bon sang, c’est ton job quand même.

Si tu veux la jouer subtil, tu peux insister sur un détail qui fera passer le personnage féminin pour attirant sans sortir la grosse artillerie : une odeur, un geste (on évite la mèche replacée ou la bouche mordillée), un timbre de voix particulier… Par exemple :

 « Son shampooing vanille coco bon marché embaumait la pièce plusieurs heures après son passage et me plongeait dans un état délicieusement nauséeux. »

 « Elle avait une petite cicatrice au coin de l’œil, un vestige de varicelle sans doute, ou un moyen d’attirer tous les regards vers le sien. »

Là on est quand même dans le cas où le personnage féminin existe essentiellement pour son intérêt amoureux ou sexuel, ce qui est très réducteur. Du coup, si l’on veut s’éloigner de ce stéréotype, je recommanderai de ne pas trop s’attarder sur le physique ou en tout cas d’en donner une description non sexualisée :

« Elle détestait sentir ses cheveux lui chatouiller le visage. Comme elle ne pouvait se résoudre à couper sa tignasse blonde, elle les attachait avec tout ce qu’elle pouvait trouver : crayons, câbles d’alimentation, sacs à légume recyclabes, lacets de chaussures… Ses cheveux étaient un joyeux bric-à-brac. ».

« Elle avait souvent un œil mieux maquillé que l’autre, trop appliquée pour le premier, trop en retard pour finir le second ».

Alors, elle est belle ou elle est pas belle ? On n’en sait rien et on s’en fiche. En revanche, coup double : grâce à ces descriptions, on en apprend plus sur la personnalité du personnage. On sait que la dame est hypersensible, extravagante, coquette, appliquée quand elle a le temps.

Comment, mais ces qualités sont tellement féminines ? Et pourquoi pas ?

Une guerrière sinon rien !

Comme on a peur de faire un personnage féminin creux, insipide, effacé, on peut être tenté d’utiliser un subterfuge pas très subtil : en faire un personnage aux qualités masculines. La dame sera forte, courageuse, froide, insensible, elle honnira les hommes (sauf celui qui arrivera à lui réchauffer son cœur glacé), méprisera les autres femmes, les coquettes, les princesses…

Les premiers à faire appel à ce stratagème ont dû se dire qu’ils étaient très originaux, un peu subversifs même. Une femme aussi forte que les hommes, indépendante de surcroît, quelle audace ! Vraiment ? Les Grecs s’y étaient déjà mis il y a plusieurs siècles : Athéna, Artémis, les Amazones… Alors pour l’originalité, on repassera. Et puis, le procédé est tellement utilisé aujourd’hui que ça en devient lassant.

Pourtant, il y a une demande pour ce genre d’héroïne. Elles sont bien vues, forcément. Elles répondent à un nouvel idéal pour de nombreuses lectrices qui ne réalisent pas le paradoxe : des femmes au pouvoir mais avec des traits masculins. Rien ne change en réalité.

Et quelle image cela donne-t-il aux autres femmes, celles qui ne se battent pas contre des dragons ou qui ne montent pas sur les barricades ? Sont-elles moins valables ? Et ces hommes qui ont des qualités plutôt considérées comme féminines, sont-ils moins intéressants ? C’est en voulant casser un stéréotype que l’on en crée un autre.

Un personnage féminin intéressant doit avoir du relief, de la profondeur. Cela ne signifie pas forcément qu’elle ira se battre contre la terre entière ou qu’elle jurera comme un charretier. Elle pourra être ambitieuse, sensible, éprise de liberté ou au contraire lâche, manipulatrice, tourmentée. Il n’y a pas de limites.

Pour créer ces personnages, il faut donc s’éloigner des profils types. Ne pas se dire que l’on va créer une garce, une maman, une fille naïve ou une guerrière. Bien entendu, ces traits de caractère sont tout à fait valables pour des personnages féminins, il ne faut simplement pas penser ces personnages par une caractéristique au risque de les enfermer dans des stéréotypes.

Un personnage, masculin comme féminin, se conçoit dans sa globalité, au regard d’une intrigue et de ses interactions avec les autres personnages. Il ne doit pas répondre à des idéaux ou des profils attendus.

Alors ta guerrière, si tu y tiens vraiment, garde-la, mais complexifie-la, casse un peu les codes. Par exemple, une guerrière qui cherche à fonder un foyer et élever des petits guerriers, une guerrière qui sait aussi chanter et souhaite changer de carrière, une guerrière qui ne supporte pas la vue du sang, une guerrière feignante et blasée, une guerrière qui va former des disciples parce qu’elle a la flemme de se battre, etc.

N’oublie pas que le plus intéressant quand tu écris une histoire, ce n’est pas de plaire à tes lecteurs et leur offrant sur un plateau ce qu’ils demandent, c’est de leur faire aimer ce qu’ils n’auraient jamais pensé aimer. Ce n’est pas de leur montrer un personnage féminin idéal avec des clignotants partout pour qu’ils s’y attachent, c’est de créer de l’attirance pour ce qui, d’emblée, aurait pu leur sembler repoussant.

T’es un magicien des mots ou pas ? Alors au boulot !

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L’Auteur

J'ai engendré des atrocités littéraires ou des chefs d'œuvre. Je ne sais pas encore. En attendant d'être un jour, peut-être, hypothétiquement riche et célèbre, j'écris des articles sur l'écriture. Parce que c'est ce que je sais faire. Ecrire.

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