L’Antidote aux abominables fautes de ton texte, c’est…

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Antidote !

Comme ils ont bien trouvé leur nom, comme ils ont bien designé leur logo, avec cette petite fiole au contenu douteux qui te rappelle le bouillon de culture qu’est ton texte avant relecture. Et par bouillon de culture, je l’entends au sens bactériologique, un truc que tu touches avec un bâton pour ne pas te salir. Parce que c’est ça ton texte, ton premier jet. Un ramassis de fautes innommables, de tournures étranges, de mots qui manquent à l’appel, de répétitions à la pelle, d’humour douteux.

C’est pour cela que tu te relis, une fois, deux fois, que tu fais relire, que tu corriges, trois fois, quatre fois, jusqu’à voir les versions 1, 2, 3… 12 défiler dans ton dossier « Roman », avec l’espoir un jour d’enfin inscrire « Version finale » ; cette version parfaite, sans faute, que tu n’auras pas honte d’envoyer aux éditeurs. C’est pour cela qu’Antidote est ton ami.

Je ne fais pas de partenariat, je ne suis pas rémunérée pour en parler ; je ne suis qu’une auteure lambda qui veut te parler, comme d’autres auteurs lambda sur d’autres blogs lambda du logiciel alpha de la correction orthographique.



Commençons le test.

Je dois au préalable te préciser que je suis sous Windows 10, que j’ai le Pack Office 365 avec les dernières mises à jour. J’ai Antidote 10, mon nouveau complice. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le site de la marque.

Le prix de la sérénité

Cela m’a couté un bras 99,90 euros sur Amazon pour la version définitive. Tu peux aussi le trouver sur le site de la Fnac au même prix, sur le site officiel, plus cher ou sur Aliexpress à 4,50 euros. Pour ce dernier site, ils mentionnent : « Nous n’envoyons pas de clé pour la sécurité, ce produit très cher, certains mauvais peuples donnant la clé et disent “ne fonctionnent pas” et nous ne vérifions pas cet état. Nous avons besoin de votre tolérance. Nous sommes ajoutés comptez votre fichier de données d’activation, et le produit sera automatiquement activé. » (sic) Si tu aimes te mettre en danger, tente le coup et n’hésite pas à commenter ton expérience.

Tu l’auras compris, ce correcteur est un investissement. Il me semble plus judicieux d’acquérir une version définitive que payer 59,90 euros par an.

Si comme moi tu te dis que tu vas acheter le logiciel avec sa boîte pour avoir un support physique parce que tu es de l’ancienne époque où il n’existait que des CD-ROM, tu vas être déçu. La boîte est jolie hein, mais elle ne contient qu’un carton t’invitant à télécharger le logiciel sur internet avec un code de téléchargement. Déception. Je me console avec le guide d’utilisation papier, que je n’ouvrirai qu’une fois. La boîte trône depuis fièrement sur une étagère, rangée parmi les vestiges informatiques d’une autre époque.

PRemiers pas avec Antidote

L’installation ne nécessite pas un doctorat en informatique. En vrai, je ne me rappelle plus, et je ne vais pas m’amuser à désinstaller la bête pour faire mon test. Mais c’est très simple, promis.

Une fois le logiciel installé, Antidote apparaîtra dans le bandeau de Word et des autres logiciels du pack office. Il existe également une extension pour ton navigateur si tu écris des mails de 10 km et que tu veux une bonne correction.

La première fois que je lance Antidote sur un texte de plus de 100 000 mots, je suis excitée comme si j’attendais le résultat du loto. Il faut dire que j’ai déjà relu et corrigé mon roman plusieurs fois, que j’ai traqué les fautes paragraphe après paragraphe. Le texte est propre. Le texte ferait rougir de plaisir le Bescherelle. Allez, Antidote va juste me servir à finaliser la mise en page avec des espaces insécables et des tirets cadratin, repérer les répétitions et me permettre de confirmer mon haut niveau de maîtrise du français. En toute humilité. Ah ah.

Je clique sur « Correcteur », une nouvelle fenêtre s’ouvre avec mon texte. Sur la gauche, les chiffres dansent. Tout se mélange. Je suis en tête à tête avec une émotion étrange. Non, je ne suis pas en apesanteur, mon égo est en chute libre. Des milliers d’erreurs sont répertoriées, les nombres défilent à mesure que je me décompose. Je pleure sur mon clavier, me lamente sur les heures de correction qu’il me reste encore et puis, je me retrousse les manches.

Antidote répertorie 3 catégories d’erreurs

Erreurs de langue

On retrouve ici les fautes d’orthographe, de grammaire, d’accord. L’outil est vraiment performant, bien qu’il relève souvent des fautes qui n’en sont pas. Mais bon, ça ne peut pas être pire que le correcteur de Word qui de toute façon lâche l’affaire quand le texte fait des milliers de mots. Du coup, il faut examiner chaque suggestion au risque d’ajouter une faute là où il n’y en avait pas. Fourberie. Heureusement, Antidote est sympa et t’explique la règle. Si tu n’es pas trop nul en français, tu devrais bien t’en sortir. Si tu comptes sur Antidote pour faire tout le boulot à ta place, le résultat ne sera pas à la hauteur de tes espérances.

Dans cette catégorie, on retrouve également les incohérences. C’est très pratique quand, comme moi, tu mets des accents circonflexes selon ton humeur sur des mots qui acceptent les deux orthographes (genre dîner/diner). Antidote le repère et te propose de faire un choix une bonne fois pour toutes.

Antidote repère également les mots inconnus. Si tu écris de la SFFF, tu risques d’en avoir un paquet. Tu peux les ajouter à ton dictionnaire personnel en précisant le type de mot (nom propre, adjectif, verbe, etc.), ce qu’il désigne, le genre, les formes qu’il peut prendre. C’est très complet.

Enfin, Antidote t’alerte sur des fautes qui n’en sont pas vraiment, il n’est pas sûr, il hésite. Oui, Antidote a ses humeurs. Il se pose des questions sur des majuscules, des virgules, des mots trop familiers, injurieux, et te le fait savoir.

Erreurs de Typographie

Très pratique, surtout si tu cherches à t’autoéditer et que tu veux un texte propre. Antidote refait les ligatures, les apostrophes, met les bons espaces là où il faut, enlève les espaces en double, fait de jolis tirets cadratin, etc. Là, en général je ne réfléchis pas, je valide toutes ses suggestions et je regarde avec délice le nombre d’erreurs diminuer. Et hop, 900 « espaces insécables après — » ajoutés, 900 erreurs de moins. L’égo se remet peu à peu.

Erreurs de Style

Là, on arrive dans le nerf de la guerre. Antidote va repérer toutes les répétitions. Et l’on ne parle pas que des mots strictement identiques mais également de verbes à des temps différents, ou de noms avec la même racine (ami/amitié). On peut vite se perdre et je déconseille de passer trop de temps sur cette fonction, au risque de devenir fou se retrouver à chercher des synonymes pour tout et finir avec un texte indigeste.

Antidote traque également les tournures de tes phrases et va répertorier entre autres celles qui sont passives, impersonnelles, participiales. Avec un petit pourcentage à la clef, tu sauras enfin si tu es un bon auteur qui respecte à la lettre les conseils en écriture trouvés sur internet, parce qu’il n’y a que ça qui te permettra d’être édité tout le monde le sait alors enlève toutes les tournures passives mécréant. On se calme. Tu sais ce que je pense de tous ces conseils. Alors à moins de vouloir terminer ton roman dans dix ans, je préconise de ne pas passer plus d’une heure sur cette partie.

On a ensuite, une partie vocabulaire. Cette partie-là est sympa car elle regroupe les pléonasmes, les tournures familières, les verbes ternes, les termes offensants. Je précise que tu peux déterminer le niveau de sensibilité à l’offense d’Antidote. Tu peux décider qu’Antidote est un gros porc, raciste, sexiste ou homophobe qui te laissera écrire les pires immondices sans sourciller ou en faire un être sensible qui s’émouvra du mot « tacot » employé pour désigner une voiture. Le mien est neutre ce qui ne l’empêche pas de s’offusquer pour des injures ou des termes banals comme feignant, insolent, menteur… Sacré Antidote !

Antidote analyse la lisibilité de ton texte. Avec un score, tu peux savoir si ton texte est difficile à lire ou non pour le commun des mortels en se basant sur la longueur des mots, des phrases, etc. Cette fonction est utile pour flatter ton égo. Je pense qu’un auteur jeunesse y verra également un intérêt pour estimer si son texte est adapté à l’âge de son lectorat.

Antidote s’intéresse enfin à l’inclusivité et répertorie tous les mots genrés pour les rendre neutres ou inclusifs. Si tu souhaites te lancer dans l’écriture inclusive, cette fonction est très intéressante. Pour l’instant, je n’ai pas le courage de m’atteler à un tel chantier.

Autres fonctionnalités d’Antidote

Lorsque tu as enfin terminé le chantier qu’est la correction des erreurs de ton texte, tu réalises qu’il reste toute une flaquée de fonctionnalités à découvrir. Que d’heures de plaisir ! Sachant que le guide d’utilisation fait 200 pages, tu te doutes bien que je ne vais pas tout te décrire. Je ne suis même pas sûre que tu sois encore là à ce niveau de l’article.

Je me contenterai donc de te parler des fonctions les plus ‘cools’ d’Antidote, pour achever de te convaincre de te délester de 99 euros :

  • Connaître le temps de lecture de ton texte, en silence et à haute voix.
  • Te rassurer sur ta performance et passer le niveau Druide, le niveau ultime de maîtrise de la langue.
  • Voir les mots le plus fréquents de ton texte. Spoiler Alert, ce sera « Être ».
  • Cliquer sur un mot, ouvrir le dictionnaire et lire tout l’historique du mot avec son évolution au fil des siècles #passetempsbizarre.
  • Cliquer sur un mot, ouvrir le dictionnaire (encore) et chercher toutes les rimes du mot. Pour les poètes.
  • Moduler la sensibilité d’Antidote vis-à-vis des termes scatologiques et lire les exemples donnés pour faire son choix.

Tu trouveras aussi des guides d’écriture, avec toutes les règles possibles et imaginables, des textes anciens en protofrançais pour ta culture, une histoire de la grammaire, un dictionnaire des citations si tu veux que tes personnages parlent comme des emmerdeurs intellos, une fonction « Anti-Oups ! » qui te rappelle que tu as oublié ta pièce jointe quand tu envoies un mail et t’évitera l’humiliation, des articles d’actualité, pour savoir que l’on n’écrit pas « le Covid » mais « la COVID-19 » avec un pavé pour expliquer le choix du genre, du tiret, comment on l’écrit au pluriel…

Parce que c’est du sérieux Antidote, tu ne payes pas 99 euros pour un vieux Bescherelle de 1984 qui pense qu’on écrit encore asseoir au lieu d’assoir. Ah non mes yeux brûlent, pardon brulent. Antidote, dans sa grande bonté, ne t’en tiendra pas rigueur. Béni soit Antidote.

Au fait, ce texte a été corrigé par qui ? Par qui ? Par Antidote bien sûr.

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L’Auteur

J'ai engendré des atrocités littéraires ou des chefs d'œuvre. Je ne sais pas encore. En attendant d'être un jour, peut-être, hypothétiquement riche et célèbre, j'écris des articles sur l'écriture. Parce que c'est ce que je sais faire. Ecrire.

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