Le mythe de la reliure et autres questions de présentation de manuscrit

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Il semblerait qu’une fois notre manuscrit achevé, relu, corrigé, rerelu, rerecorrigé, bêta-lu, rererecorrigé, notre cervelle a pris un sacré coup de chaud. Il faut dire que l’écriture est un marathon qui peut durer des semaines, des mois, voire des années. Un temps complètement fou pendant lequel une case spéciale se créé dans ta tête et va rester allumée, notamment la nuit où tu seras parfois obligé de te saisir de ton téléphone pour noter une réplique efficace ou un plot twist complètement dingue.

Alors quand tu as enfin apposé le tant attendu « Version Finale » en titre de ton document, une case se vide. Plus pour longtemps je te rassure. Elle va vite être comblée par des préoccupations bien plus triviales que tu aurais en temps normal traitées avec calme et réflexion. Mais là, ça ne va plus, tu es à cran, tu veux envoyer ton manuscrit chéri et mettre toutes les chances de ton côté. Dans ton délire d’auteur épuisé, tu te fais une montagne des exigences des maisons d’édition, tu paniques sur les polices, hyperventiles sur les interlignes et l’idée de poster ton manuscrit te semble être un périple digne de la traversée du Mordor.

Parce que j’ai hyperventilé aussi, je te propose de te prendre par la main moite et dérouler, point par point, toutes les étapes du formatage de ton roman. Tu verras, c’est amusant.


Patrick et ses amis n’ont pas lu les conseils avant d’envoyer un manuscrit à une maison d’édition.

Ce que veulent les maisons d’édition

C’est en général ce qui va te dérouter au premier abord. Il semblerait que les maisons ne veulent pas toutes la même chose. C’est là que l’angoisse monte, quand l’une demande un interligne 1,5, une autre un interligne double. Et que dire de celles qui ne disent rien. Serait-ce un piège tordu pour faire une sélection drastique ?

Mais non voyons, une maison d’édition ne va pas prendre une règle et mesurer tes interlignes. En réalité, elle ne veut qu’une seule chose : que ce soit lisible et suffisamment aéré pour écrire des commentaires.

Le format général de ton document word (ou autre logiciel de traitement de texte)

Si une maison prend la peine de spécifier ses attendus, respecte-les. Sinon, garde ce format en tête :

  • Format A4 Portrait
  • Marges normales : 2,5 (par défaut sous word)
  • En bas de page : le numéro des pages et ton nom + le titre de ton roman (au cas où une page se perd)
  • Police Times New Roman
  • Taille de police 12
  • Interligne entre 1,5 et 2 (en fonction du nombre de pages que ton porte-monnaie peut supporter si tu imprimes ton manuscrit).
  • Texte justifié

Pour les paragraphes, voici les règles de base à retenir :

  • On ne met pas d’espace entre les paragraphes sauf si l’on veut marquer un changement de temps ou d’action au milieu d’un chapitre.
  • On met un alinéa au début de chaque paragraphe et des dialogues (0,5 c’est bien).

Pour les dialogues, il y a les partisans des guillemets, des tirets cadratins, de l’italique. Chacun sa secte. Si tu ouvres plusieurs romans tu réaliseras vite que le format des dialogues diffère d’un auteur à l’autre ou d’une maison à une autre. Alors pas de panique, choisis le format qui te convient et respecte-le jusqu’à la fin tant que c’est lisible.

Pour les chapitres :

  • Une nouvelle page pour chaque nouveau chapitre
  • Le titre du chapitre est libre : un numéro, la mention chapitre 1,2, 3…, un nom de personnage, un titre spécifique, etc.

Conseil : Avant de commencer l’écriture, tu peux déjà créer un format sous word avec tous les pré-requis cités précédemment.

La page de garde doit inclure :

  • Le titre de ton roman
  • Le genre
  • Le nombre de signes espaces compris (tu peux mettre le nombre de mots aussi)
  • Ton nom, ton adresse, ton mail, ton numéro de téléphone

Questions bêtes :

  • Un sommaire est-il nécessaire ? Non.
  • Puis-je ajouter des illustrations/un lexique/une carte ? Oui si cela est vraiment pertinent, mais à la fin de ton document, en annexe.
  • Dois-je mentionner FIN ou A suivre… à la fin de mon roman ? Je pense que l’éditeur s’en fout.
  • Mon manuscrit sera-t-il refusé si mes espaces ne sont pas insécables ? A moins de tomber sur un maniaque de la typo, l’éditeur ne tiendra pas rigueur de quelques erreurs de ce genre. Il ne faut pas se chercher d’excuses, si ton manuscrit est refusé, c’est pour d’autres raisons.

Attention, si tu veux t’autopublier, il faudra redoubler de vigilance sur ces questions. Il existe des règles typographiques que je ne détaillerai pas ici, mais qui nécessitent que tu y consacres un peu de temps. Tu n’en as pas ? Alors tu feras partie des 90 % des romans autopubliés moches. Mais hé, il y en a qui atteignent quand même le top 10 des ventes sur Amazon, donc bon…

Maintenant que tu as un document tout propre, il va falloir l’envoyer. Là, tu auras le choix entre un envoi numérique (mail, formulaire) ou un envoi papier.

L’envoi numérique, quand l’éditeur est ton ami.

Lorsque l’on recherche la page pour les envois de manuscrits sur un site de maison d’édition on n’aspire qu’à une chose : « Nous refusons tous les manuscrits envoyés par courrier ». La phrase est plutôt froide mais elle apporte un soulagement direct à ton portefeuille et à ton esprit déjà en surchauffe. La procédure sera simple. Ouf.

Parce qu’on est quand même dans l’assistance extrême, voici quelques conseils :

  • Mets ton nom et le titre de ton roman en intitulé de ton manuscrit en pièce jointe. Oublie les mentions « Version finale » ou la date, etc.
  • Choisis un format pdf, pour éviter qu’un mauvais karma foute en l’air ta mise en page au moment de l’envoi. Les dingos de word diront « surtout pas, et si l’éditeur veut apporter des corrections au manuscrit !!». Du calme, on n’en est pas là. Si l’éditeur lit déjà quelques pages de ton manuscrit, tu seras content.
  • Ne cherche pas la fantaisie pour le sujet de ton email, un simple : Manuscrit “Titre de l’oeuvre” de Auteur , fera le job.

L’envoi papier ou comment te torturer les méninges et balancer un SMIC.

On arrive dans la version luxe de l’édition. Parce qu’envoyer son manuscrit qui est loin d’être une lettre de 20g, ça coûte bonbon. Mais avant de sortir la calculatrice, je te rappelle quelques règles de formatage universelles :

  • Impression recto simple
  • Papier blanc
  • Papier de qualité correcte (80g/m2)

Où imprimer son manuscrit ?

Voici plusieurs solutions, plus ou moins économiques. À toi de voir ce qui te convient le mieux :

Chez l’imprimeur :

  • Les + : Le rendu est qualitatif, c’est rapide et sans prise de tête
  • Les – : Le prix

Par exemple, chez un imprimeur connu que l’on trouve dans tous les centres-villes, compte à peu près 500 euros pour imprimer 20 manuscrits de 250 pages avec reliure spirale, couverture plastifiée avant et cartonnée arrière. Tu peux faire baisser à moins de 300 euros si tu ne choisis pas la reliure et les couvertures.

Chez toi :

  • Les + : Tu restes chez toi (distanciation sociale friendly)
  • Les – : Le temps, les erreurs d’impression, les envies fréquentes de fracasser l’imprimante.

C’est l’option que j’ai choisie parce que j’ai une imprimante à réservoir d’encre. C’est quoi ? Une imprimante que tu payes cher mais sur laquelle tu vas beaucoup économiser en termes de consommables.

Pour te donner un exemple concret, si tu payes une imprimante 40 euros et que tu achètes ensuite des cartouches à 20 euros qui te permettent d’imprimer 250 pages, au bout de 20 manuscrits, tu en auras pour 40+20×20 = 440 euros. Si tu payes une imprimante 300 euros et que ta citerne te permet d’imprimer tes 20×250 pages sans racheter d’encre, tu en as pour 300 euros. Plus tu utilises ta machine, plus c’est rentable.

MAIS

Si tu n’as pas d’imprimante, n’investis pas et va chez ton imprimeur. Si tu as une imprimante classique, idem ou tu vas te ruiner en cartouches et polluer la planète. Si tu as une imprimante à réservoir d’encre et que tu es patient, tente le coup.

Tu n’auras qu’à acheter des blocs de feuille de 3,5 tonnes qui envahiront ton bureau, mais waou, quelle aventure !

Astuces de radin :

Si tu bosses en entreprise et que ton éthique au travail est au niveau Kerviel, tu peux utiliser les ressources de ton boulot pour imprimer ton manuscrit. Imagine, des imprimantes professionnelles, du papier à foison, des reliures, des couvertures à portée de main. Si tu as l’habitude d’imprimer souvent des documents et que tu imprimes un manuscrit par jour, personne ne remarquera la supercherie. Mais ce n’est pas moi qui t’en ai parlé.

Quelle reliure choisir ?

La question ! Celle qui donne des bouffées de chaleur, qui te fait plonger dans un puits d’angoisse sans fin, qui te fait remettre en question toute ta carrière de futur auteur, qui suscite des recherches frénétiques sur internet. Un seul mot d’ordre ici : pratique.

Voici plusieurs solutions :

  • La reliure thermocollée : Propre, élégante, évite de perdre des pages, ne grossit pas ton pavé déjà imposant. En revanche, elle rend le manuscrit moins évident à manipuler. Ne peut être faite que chez un imprimeur.
  • La reliure spirale : Propre, ergonomique, permet de tourner facilement les pages. En revanche, elle risque de rendre l’insertion du manuscrit dans l’enveloppe pénible. Peut être faite à la maison si tu as une relieuse et que tu aimes faire des petits trous.
  • Les relieurs d’archive : Solution la plus économique, fait le job qu’on lui demande à savoir ne pas perdre les feuilles. En revanche, ce n’est vraiment pas joli. Peut être faite à la maison pour les mêmes raisons que précédemment.
  • Le format livre broché : Jamais. Oui mais c’est joli. JAMAIS on t’a dit. L’éditeur pourrait être offensé (et tu ne veux pas qu’il soit offensé).

Tout le reste, tu oublies. Pas d’originalité, de risques, de bricolage hasardeux, de radinerie qui risque de voir des pages se perdre, etc.

Un peu de déco ?

Une couverture plastifiée à l’avant, une cartonnée à l’arrière. Pour la couleur, c’est selon ton humeur. Il m’est arrivé de choisir des couvertures de la même couleur que celle du logo de la maison d’édition. Tu vois le degré de cerveau en surchauffe.

Tu oublies : les photos de toi, de ton chat, tes dessins, tes offrandes, etc.

Quel format de lettre ?

Ça y est, tu sens que tu arrives au bout de tes peines. Il ne te reste qu’à enfourner la bête dans une enveloppe et passer par la poste.

Si ton manuscrit n’est pas trop gros (moins de 300 pages), tu peux prendre une enveloppe. Je te recommande une enveloppe papier bulle pour préserver ton précieux. Si tu as opté pour une reliure spirale, tu risques de suer un peu avant d’arriver à insérer ton manuscrit mais une fois dedans, il sera comme dans un petit cocon. Tu peux aussi tenter l’enveloppe kraft avec un risque supplémentaire de détérioration ou une enveloppe cartonnée.

Si ton manuscrit est un pavé, il va falloir passer par, et j’en suis désolée, le colis.

La Poste, soucieuse de faire du business sur tes espoirs fous, n’oublie pas de te rappeler que l’emballage compte et a dédié toute une page sur les envois de manuscrit. Méfiance, certaines informations sur leur site sont erronées. Parce que Business is business, La Poste n’hésitera pas à t’inciter à passer par Chronopost ou Colissimo et donc à raquer sévère. Il vaut mieux arriver avec ton manuscrit déjà emballé pour le faire affranchir.

L’affranchissement

Les tarifs changent souvent, donc je ne vais pas te faire un tableau de comparatif de prix. Tu peux envoyer ton manuscrit en courrier simple ou, si tu es un anxieux, en lettre suivie. Si tu choisis cette dernière option, tu pourras traquer son itinéraire jusqu’à la maison d’édition et ainsi savoir qu’il est arrivé à bon port.

Evite le recommandé, c’est pénible, il faut signer, et quand une maison reçoit 20 manuscrits par jour, elle a autre chose à faire que signer des plis. La Poste suggère sur son site « la remise en mains propres contre signature. Une assurance en plus pour attester que l’éditeur ait bien reçu votre livre ». C’est faux. Reste sur la lettre suivie, pas plus. 

Et voilà, tu as désormais toutes les cartes en main pour envoyer ton manuscrit. Ah non, on me dit que j’ai oublié un élément important. Un quoi ? Ah un synopsis. Ouh là, il fait chaud tout à coup. Bon, on va garder ça pour une prochaine fois hein.

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L’Auteur

J'ai engendré des atrocités littéraires ou des chefs d'œuvre. Je ne sais pas encore. En attendant d'être un jour, peut-être, hypothétiquement riche et célèbre, j'écris des articles sur l'écriture. Parce que c'est ce que je sais faire. Ecrire.

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