Tout est dans le titre

T

Oui je te fais une petite mise en abyme des plus inspirées pour te parler de titres. Tu sais, ces quelques mots savamment assemblés qui feront saliver les lecteurs, qui seront répétés dans les salons, qui inscriront ton chef-d’œuvre dans la postérité. C’est du sérieux un titre, ça ne se choisit pas comme ça, entre le camembert et la clémentine, au milieu de l’épisode 31 de l’Attaque des Titans, ou après avoir appris le 6e confinement.

Le titre, c’est la première chose que ton lecteur potentiel va lire. Sauf si tu as choisi une police « lettres gothiques c’est joli mais on n’arrive pas à lire ». Le titre, c’est l’élément clef de ta couverture. Le titre, c’est ce qui va motiver le chaland à cliquer, ou à retourner le livre dans le monde réel pour lire le résumé. Si tu passes bien ce test, alors peut-être qu’il consentira à débourser 3,99 euros, 10,90 ou 24,90 euros.

Grosse pression.


Pas évident de trouver un titre, même pour Victor.

Quand choisir le titre ?

Entre le camembert et la clémentine, au milieu de l’épisode 31 de l’Attaque des Titans, ou après avoir appris le 6e confinement. Ben oui, j’étais pas sérieuse tout à l’heure. L’inspiration, elle vient n’importe quand, un peu comme l’amour, surtout au moment où tu ne t’y attends pas. Même quand ton haleine sent le fromage. On est revenu sur le choix du titre au cas où tu imaginerais un rendez-vous raté.

Certains vont avoir une idée de titre avant même d’écrire les premières lignes. D’autres le changeront une énième fois juste avant de l’envoyer. Il n’y a pas de moment idéal en réalité. On peut même changer le titre une fois le roman publié. Ou plutôt autopublié. Parce que bon, une fois que les rotatives ont imprimé 2000 exemplaires de ton roman, c’est compliqué de revenir dessus.

Le bon moment, c’est finalement celui où tu te dis : parfait, ce titre ne pouvait pas mieux coller à mon roman. Il réunit toutes les qualités nécessaires pour susciter l’envie. L’envie de quoi ? Mais d’acheter pardi !

Quelles sont les qualités d’un bon titre ?

J’en vois trois. Parce que trois c’est bien, ça fait plus que deux et c’est pas trop non plus. Sinon on oublie. Retiens donc ces trois qualités : informatif, original, lisible.

Un titre informatif

En premier lieu, le titre doit pouvoir informer le lecteur potentiel de ce qu’il tient entre les mains. En lisant les quelques mots que tu auras longuement médités, il saura si ton roman est susceptible de lui plaire.

Idéalement, le titre devrait :

  • Identifier le genre auquel appartient le roman

Tu l’auras sûrement noté, un titre de polar est différent d’un titre de roman arlequin, d’un drame young adult ou d’un space opera. Chaque genre a ses codes. Si tu les connais mal, je t’invite à faire des recherches et t’imprégner des titres existants pour te faire une idée ce qui est attendu. Si tu te dis que tu choisis bien le titre que tu veux et qu’elle t’emmerde celle-là avec ses conseils, sache que tu risques de passer à côté de lecteurs qui n’auront pas pu identifier ton roman, bien qu’il soit rangé dans la bonne catégorie.

Par exemple, pour les romances, on trouvera pas mal de titres en anglais ; flemme de traduction ou volonté d’auteurs francophones de s’aligner sur les autres, je ne sais pas. Pour les amoureux de notre langue, on retrouvera également beaucoup de « tu » et de « toi ». Oui, le titre s’adresse à toi l’homme mystérieux/ténébreux/vicieux qui malmène le cœur de la narratrice. C’est elle qui a écrit le titre, pour que les lecteurs s’imprègnent déjà des émotions qui vont les submerger pendant 254 pages.

Pour du polar, on est en général sur un mot, anodin en apparence mais qui, placé seul sur une couverture sombre donne déjà des frissons genre : « Le champ », « Le hangar à bateaux », « La maison bleue ». L’article défini est important. Parce que si le titre est « Une maison bleue », on sent que l’on sera plus sur une saga familiale. Subtilité.

Pour de la fantaisie, les auteurs fiers de leurs mots inventés les écriront sur la couverture. Un seul mot de préférence, pour plus de mystère. Sinon, on retrouve le vocabulaire inhérent au genre : quête, royaume, malédiction, prophétie… Ou du langage lié aux variations de lumière : ombre, aurore, aube, crépuscule, ténèbres, etc. Il suffit de mixer tout ça, et magie ! Oui tiens, magie, on peut aussi le rajouter à la liste.

Bref, tu as compris où je voulais en venir. Je me serais bien amusée à décortiquer tous les titres possibles selon les genres mais il faut avancer.

  • Donner le ton

Il est important que le lecteur sache s’il va rire, frissonner, se prendre la tête ou tomber amoureux d’un personnage. Ces émotions peuvent transparaître en quelques mots bien choisis. Allez un petit test avec des titres de mon cru, pour éviter la triche. À ton avis, quel est le ton des romans fictifs suivants :

  1. « Les aventures de Paulette Martin en Instagramistan »
  2. « Nos âmes déchirées »
  3. « Tartines d’hémoglobine »
  4. « Dynamogénie »

Alors, tu as trouvé ?

Pour le numéro 1, nous sommes bien évidemment sur de l’humour avec un titre long, un prénom de petite vieille sympathique et un mot inventé en décalage avec l’âge présumé du personnage.

Pour le numéro 2, du drame bien évidemment. Dans la veine de ces romans young adult où une histoire d’amour est impossible parce que l’un des protagonistes est mourant/délinquant/membredukukluxklan.

Pour le numéro 3, de l’horreur mais on présume que ce sera drôle avec le choix de la tartine.

Pour le dernier, petit piège. Le choix d’un mot complexe fait référence à de la prise de tête, du sérieux. Mais le linguiste chevronné se demandera si ça ne va pas aussi chauffer dans les bermudas. Je te laisse faire ta recherche google pour ce joli terme ou si tu n’as pas compris ma dernière référence.

  • Évoquer l’intrigue

Cela reste une option. Bien entendu, il ne faut pas que le titre soit déceptif dans le sens où il évoque un élément qui n’apparait jamais dans le roman. On ne va pas choisir le titre « l’appel des ours polaires » si le roman évoque une histoire d’amitié au début du 20e siècle en France où il n’est nullement question de ces animaux, de déménagement dans le Grand Nord ou de questions écologiques.

A contrario, ce n’est pas la peine de vouloir à tout prix caser dans le titre qu’il y a une prophétie, que les nuages renferment des mystères, que le héros se balade toujours avec un perroquet qui détient un secret sinon ça risque de donner : « La prophétie des nuages ou les songes du perroquet ». Hum, finalement c’est pas si mal. Enfin je crois, tu en penses quoi ?

Bon, évite quand même, le résultat peut souvent être indigeste. Et puis, à vouloir trop en dire dans le titre, on risque de spoiler. Et tu ne veux pas que les lecteurs sachent dès le départ que la clef du mystère réside dans le chat parce que tu as mentionné ledit chat dans le titre, que le lecteur n’est pas idiot ; il sait que si tu l’as mentionné, c’est qu’il est important.

Bref, retiens qu’il vaut mieux en dire peu, tout en racontant quelque chose. Facile non ?

Un titre original

Un titre original, c’est un titre qui va marquer les esprits. C’est ce que les lecteurs vont retenir, c’est ce qui va les motiver à lire.

Un titre original n’est pas forcément un titre nouveau, dans le sens où on ne l’avait jamais vu avant pour un autre roman. Si tu as lu mon article sur le plagiat, tu te doutes que le droit d’auteur ne protège pas un titre comme tu le souhaiterais. Beaucoup conseillent de choisir un titre qui n’existe pas parce qu’attention sinon c’est du plagiat oh la la c’est mal. Bon on se calme un peu. Protéger un titre c’est compliqué. Donc il est tout à fait possible de reprendre un titre existant ou de se faire « voler » son titre sans que cela soit considéré comme une contrefaçon.

Dans quels cas peut-on reprendre un titre déjà existant ?

Si le titre n’est pas lui-même original dans le sens où il n’a pas nécessité à son auteur une prise de tête de 10 jours. Si tu as envie d’écrire ton roman d’amour « Toi + Moi », alors qu’il y en a déjà un qui existe, fais-toi plaisir. Tu sais quoi ? Il y en a même sûrement quinze qui portent le même titre. Si un roman d’amour s’intitule « L’amour à crédit : débiteur d’ocytocine », bon, c’est tout pourri mais probablement plus à même d’être protégé.

Méfie-toi également des œuvres notoires. Parce que même si leur titre est d’une banalité sans nom, l’œuvre est suffisamment connue pour qu’on se dise que tu as essayé de surfer sur cette notoriété pour t’attirer des lecteurs. Et ça, c’est pas bien.

Du coup, évite de copier. Fais travailler tes méninges et expulse de ta cervelle cet enchevêtrement de mots qui mettront l’eau à la bouche de tes futurs lecteurs.

Un titre lisible

Au-delà d’une police de caractère que l’on peut déchiffrer, il faut également que le titre soit facilement transposable à l’oral ou transcriptible. Ça veut dire quoi ?

Cela signifie que tes lecteurs doivent être capables de prononcer le titre de ton roman sans marmonner une partie des mots parce qu’ils ne savent pas comment le dire. Ils doivent également être capables de l’écrire si jamais ils souhaitent en parler sur leur blog sans faire de fautes ou tout simplement le rechercher sur internet.

Comment trouver le titre ?

LA grande question. Parce que je n’allais quand même pas m’arrêter là, comme un mauvais cliffangher en te disant : la suite dans un prochain article. Je n’ai pas de recette miracle pour trouver un titre donc voici quelques idées en vrac que j’ai glanées çà et là ou que j’ai pu expérimenter moi-même.

  • Relire le roman

Tu l’as déjà lu quinze fois tu vas me dire. Oui, mais cette fois, c’est différent. Cette fois, tu cherches un titre. C’est une lecture différente que tu vas faire, où tu vas faire attention aux mots, aux chapitres, aux actions, aux personnages, où tu vas te demander si ton roman pourrait se résumer en cette action, ce dialogue, cet objet.

Il se peut que tu perçoives des liens, une ambiance, un thème, une forme d’unité entre des éléments importants de ton récit. Cette unité, eh bien c’est ton titre. Voilà.

Si ça ne marche pas, je te propose une autre technique que j’ai employée pour mon second roman.

  • Écrire des mots-clés

J’ai longtemps séché sur le titre de mon second roman. Pendant longtemps, il s’appelait « livre concours », tu auras compris pourquoi. Arrivée à la fin de son écriture, aucun éclair de génie n’était venu me souffler le titre parfait.

J’ai donc listé des mots, des thèmes, des idées en lien avec le roman et j’ai tenté des assemblages jusqu’à trouver le bon accord. J’ai d’ailleurs procédé de la même façon pour trouver le titre de ce blog qui devait initialement s’appeler « l’écriture décomplexée ». Pas terrible hein.

  • S’inspirer de ce qui existe

Je ne te dis pas de copier, même si tu le peux dans une certaine mesure. Mais si tu écris dans un genre précis, il peut être intéressant de voir ce qu’il se fait et de t’inspirer. Cela t’évitera d’être complètement à côté de la plaque.

  • Questionner les bêta-lecteurs

Bien sûr, ils sont les seuls à avoir lu ton livre, ils pourraient bien avoir une opinion intéressante sur le sujet. Ta fierté te dira sans doute que le titre doit venir de toi parce que c’est ton chef-d’œuvre mais écoute au moins ce que les autres ont à dire. On peut parfois être aveuglé par la beauté de ses propres mots (non pas toi ?) et vouloir rester sur une première idée mais je t’invite à quand même sonder des tiers.

À défaut de trouver ton titre, ils peuvent au moins te donner des pistes ou voir ce que tu n’avais pas vu.

Quoi qu’il en soit, prends le temps d’y réfléchir. Tu n’es pas à deux jours près pour envoyer ton manuscrit. Un mauvais titre peut faire couler un bon roman alors qu’un bon titre peut sauver un vilain torchon. Scandaleux n’est-ce pas ? C’est pourtant ça, le pouvoir des mots.  

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L’Auteur

J'ai engendré des atrocités littéraires ou des chefs d'œuvre. Je ne sais pas encore. En attendant d'être un jour, peut-être, hypothétiquement riche et célèbre, j'écris des articles sur l'écriture. Parce que c'est ce que je sais faire. Ecrire.

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